jeudi 14 mai 2026

Calanques : Mahavishnu + le couloir Suspendu

 un de ces enchainements sympa des Calanques

On s'était déjà hissés au sommet de la Candelle en partant du bas, il y a plus de 16 ans... Petit pincement au coeur, qui heureusement ne nous fait pas sombrer pas du coté obscur de la nostalgie, mais plutôt vers un sentiment d'accomplissement agréable.

En effet, les années ont permis de progresser et malgré le poids des ans, on est meilleurs en grimpe ; cela permet de regarder vers les projets à venir et ne pas regretter comme certains leurs prouesses passées.

Malgré tout, l'émotion des débuts était belle et je la retrouvais de moins en moins ces temps çi : mais la présence de Jojo vient tout changer, car à travers lui on se retrouve aussi un peu débutants, et on est heureux de lui faire découvrir les trésors de la région. 

Ca permet aussi d'aller faire avec plaisir des voies, qui bien que faciles, n'en sont pas moins jolies. On ne devient pas classique par hasard ! Des voies quelles que je n'aurai guère regardé, les considérant avec le faux dédain qu'utilisait si bien Didier, comme des bouses pour grimpeurs de voie normale.  

C'est dans cet état d'esprit qu'on quitte le rocambolesque camping des cigales pour faire un enchainement de 2 voies à la face Sud de la Candelle, qui devrait être abritée du mistral froid qu'on a un peu subi la veille. L'idée est de faire au socle la Civa, du 5c/6a classique dont le seul intérêt est de faire une croix dans le livre d'Arnaud Petit. Très fréquentée, ultra patinée, autant dire que cela avait été rangé dans la case "à faire, mais plus tard". Et bien voilà l'occasion.   


L2 du couloir suspendu

Evidemment, vu la météo et notre départ pas très matinal, le coin est archi blindé. Il y a déjà du monde dans la Civa, avec non pas une mais 2 cordées engagées, et 2 autres qui attendent.  Le décor est caricatural : sacs énormes, talkies walkies, cordées de 3, leaders qui tirent à tous les clous : inutile de dire qu'il hors de question d'attendre derrière ce cirque ambulant.

J'avais anticipé bien sûr, mais le plan B, le temple, est plein aussi, ainsi que le plan C, Gutemberg. Nous voilà obligés de faire Mahavishnu, le plan D, rejeté car un peu dur pour Aurélie avec du 6b. Moi ça m'arrange car au moins on ne pourra pas m'accuser d'avoir choisi la voie la plus dure.

 L1 en 6a est cool, variée, c'est plus dur qu'à Canaille mais c'est de l'escalade tellement plus sympa : variété des mouvements, précision des pieds, léger engagement. Faut être concentré et c'est ce qu'on aime !  Au relais, j'admire la leadeuse d'à coté, une chambérienne, qui n'a toujours pas fini alors qu'elle était déjà à la moitié de sa longueur quand on est arrivés. En plus de la panoplie complète de la débutante (sacs énorme, peur de l'équipement, mauvaise pose de pied) elle a une perche qu'elle utilise à chaque fois pour faire une sorte de "mouli-tête". Cela a moins le mérite de lui permettre d'avancer... et bien qu'un peu goguenard je suis impressionné par son mental et sa détermination. Je l'encourage un peu, lui décrit les prises, et ça lui fait du bien, elle arrive à attraper le relais !

 Johan lui se promène, il m'impressionne toujours autant. 

On a un peu doublé tout le monde alors on pourra presque repartir dans la Civa, j'ai même dans l'idée d'enchainer les 2 longueurs suivantes... Mais il reste une cordée de 3 pas très loin, alors au lieu de les talonner, je reste dans notre voie et finit L2, très belle cheminée en 5c. 

L3 est le crux, de la pure dalle calanquesque... petites prises, placements de pieds exigeants, je dois bien réflechir et m'étirer pour passer, le 6b est bien tassé et je comprends pourquoi la voie est délaissée au profit de ses voisines. Je suis un peu surpris car je pensais faire une voie des annés 60 et ce n'est pas le style de l'époque : normal car c'est une voie sportive équipée bien plus tardivement. Johan enchaine encore, il trouve une méthode à droite pour éviter le pas un peu morpho. trop fort ! J'enchaine avec la longueur suivante les 2 longueurs suivantes, double une cordée dans le Temple et je me retrouve au relais commun final. je caresse l'espoir de doubler tout ce beau monde mais malheureusement la cordée qui nous précédait dans la Civa arrive avant Aurélie... On sera bon pour un peu d'attente.

On s'échappe à droite vers le jardin, avec une belle longueur un peu oubliée, ouf on a quitté les bouchons !  

Fin du socle

 

Après un pique nique, on se promène au pied de l'impressionnante face Sud de la Candelle, cherchant le départ de la Centrale. J'aimerai bien voir à quoi ressemble cette voie de légende ouverte par Livanos et Rébuffat, une cordée de rêve de l'époque ; mais que ce soit sur le papier ou de visu, ca parait peut être un peu dur et j'ai pas envie de gacher la belle journée. Alors on part sur le Couloir Suspendu, sa voisine un peu moins dure. 

Les mots ont un pouvoir onirique fort. Qui n'a pas envie d'aller grimper la traversée des Dieux ou le grand Toit ? Mais ici c'est l'inverse, ce nom me faisait pas rêver : Un couloir, c'est pas très raide, en neige on aime ça mais en rocher c'est un général des éboulis herbeux. Et bien c'est un faux ami : la voie est raide et superbe !


Carte postale

On ne fait pas la L1 originale, trop végétative, mais sa voisine sur le fil du pilier. Donnée pour 5a, c'est un pilier facile, avec un bon pas de 6a au milieu. Ca me rappelle le Pouce, où un pas de 4c m'avait calmé à l'époque avant que je comprenne que le topo reprenait juste les anciennes cotations... qui elles mêmes étaient établies en tirant au clou !

Ensuite l’itinéraire est évident : on remonte une fissure puis on traverse à droite pour attraper une autre fissure. C'est bien raide et ça promet une belle ambiance

R2
Et en effet, c'est le plaisir total ; de grosses prises, du bon rocher, de l'ambiance, des viux pitons ou des coins de bois, tout ce que j'aime
L3, superbe ambiance

Jojo apprécie à son tour les vieux pitons

Seul bémol, le rééquipement d'une telle voie qui à mon sens aurait bien plus de saveur sur coinceurs.

 

Trop cool ces fissures prisues

On débouche au sommet. Petit salut aux gens qui grimpent à l'ombre en plein mistral et notre mémoire nous trahit pas trop : le petit rappel final est évident et on est vite en bas.

On cherche la descente

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