Un rêve qui se réalise
Et ça fait tout bizarre...
Programmée depuis longtemps avec Alexis, cette ascension devait être le point d'orgue de ma vie de grimpeur et pour lui un petit challenge de voir si à plus de 50 ans il avait encore la niaque pour faire ce genre de voie. En plus il est gentil et ca lui faisait plaisir de me permettre de réaliser ce rêve.
Car depuis mes premiers pas, laborieux mais enthousiastes, sur le rocher dromois, cette voie m'était apparue comme le graal ultime. Comment pouvait en être il autrement ? Pas loin de la maison en rocher parfait, soutenue dans le 7, dans une belle paroi sauvage, entourée d'une réputation quasi mythologique (la plus belle voie moderne des préalpes, soutenue, exigeante tant au niveau du style que de l'équipement, bla bla) une telle voie ne pouvait qu'attirer mes fantasmes tourmentés de grimpeur. D'autant plus que j'avais un peu frolé le mythe et que j'avais deviné la beauté du rocher qui s'offrait à gauche de nos fissures herbeuses.
Et je n'étais pas le seul, évidemment. Citons Souveton mon idole, avant qu'il mute en grimpeur de couenne : "Un seul mot : MAJEUR ! Peut-être la plus belle voie calcaire que j'ai faite actuellement. C'est un vrai must". On peut dire que pour les grimpeurs assidus de grande voie, faire la croix de Cosa Nostra est un véritable rite initiatique.
Le vent qui sait être glacial nous avait fait reculer peu de temps avant, mais cette fois c'est la bonne. Dodo au parking, matos light, bons chaussons, tous les voyants sont au vert... je suis même allé chez l'osteo la veille pour atténuer un gros torticolis.
On arrive au pied, on est seuls et il ne fait même pas froid : décidément la journée s'annonce bien. Alex est grand, c'est lui qui aura le plus de facilité à bricoler dans le 7b+, je dois donc commencer.
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| L2, 6b+ qui grimpe |
Les choses sérieuses commencent dans L3 en 7a+. Beau rocher gris, pieds un peu verticaux, faut y aller !
Je dois faire une pause mais je grimpe pas si mal ! Plutôt content, cette petite longueur me met en confiance pour la suite. Le crux arrive de suite : on bricole, on devine qu'avec un peu d'allonge, de la force et de la conviction, ça puisse se libérer : mais trop dur pour nous, clairement.
J'attaque L5 relaché, c'est moins raide et donné pour 6c+ : malheureusement c'est un peu lisse et pas facile à lire, je rate un passage à droite et j'enchaine pas. Bon mais au moins la longueur ne tire pas sur les bras![]() |
| L6 me semble t-il |
On retrouve le beau calcaire sculpté dans le 7a de L6, superbe longueur. J'enchaine en second, j'adore cette escalade qui me convient bien. J'hallucine, je suis dans Cosa Nostra et je me fais plaisir, j'enchaine même des longueurs !
Les passages magiques continuent... L7 qui suit est majeure, un mur raide, plein gaz... j'enchaine complètement en état de grâce.
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| L7 |
L8 commence par un dièdre facile, puis un mur raide régalatoire à grimper, encore une longueur superbe. Il n'y a rien à jeter décidément !
L9 est pour moi, elle est 6c mais réputée engagée et malcommode : en effet le style est complètement différent, il s'agit d'une série de niches et d'alvéoles où on doit se rétablir plus ou moins confortablement. Je gère bien et j'enchaine, la fin approche, le soleil est là et la face se couche un peu, l'euphorie est bien là maintenant !
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| L10, c'est bientôt fini |
Alex finit avec L10 et son crux teigneux. j'enchaine en second, les chaussons font merveille et mes bras ont la bonne idée de garder un peu de force sur ces crougnes. J'ai du mal à réaliser que c'est fini ! Toutes les longueurs sont belles, de ce coté les commentaires n'ont pas menti. Par contre le coté exigeant m'a pas spécialement marqué, c'est plutôt prisu cette affaire, j'ai connu pire aux Rocherx du midi ou à la croix des Têtes, clairement !
Retour à la réalité avec ce satané rappel qui se coince encore... Comme à Archiane, mais pour une raison différente, un simple enroulement de la petite sur la gauche... je suis bon pour remonter le long du 7b+ !
En bas, je regorge d'envie de dire merci : à Alex évidemment, mais aussi à la météo, à la nature, à la vie, à espace Vertical, à tous les copains de cordée. Expérience christique ! Lorsque j'avais réalisé mon premier objectif de grimpeur aux 3 becs, j'avais été déçu, non pas par la voie, mais par l'idée que j'avais tout gaché en m’empêchant de rêver. C'est complètement différent cette fois, je ressens un profond sentiment d'accomplissement et de soulagement. Plus aucune falaise ou aucune voie ne me faisant rêver autant, j'ai l'impression que je ne ressentirai plus cette envie, cette obsession parfois malaisante de devoir à tout prix aller trainer mes doigts partout. Ca ne pourra jamais être mieux ! Libéré, délivré, apaisé ? l'avenir nous le dira.






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